e ministre des affaires exterieur des Comores en visite à la réunion
“Nous voulons rendre justice aux victimes de la dictature Bacar”
Vous avez rencontré le préfet lundi. Que vous répondent les autorités françaises sur la demande d’extradition du colonel Bacar ?
Nous avons fourni une demande d’arrestation provisoire. Des démarches sont engagées pour l’extradition du colonel Bacar. Nous attendons maintenant la décision de l’OFPRA. Il nous a été demandé de fournir un certain nombre de documents. Cela a été fait et nous continuerons à en fournir pour compléter le dossier.
De quelles pièces s’agit-il ?
Il s’agit de plaintes, d’auditions de victimes, de témoignages multiples. Il y a aussi le rapport de la fédération comorienne des droits de l’homme avec photos à l’appui. Les autorités comoriennes, comme l’ensemble de la communauté internationale, étaient au courant de ce qu’il se passait à Anjouan. Il y a eu des violences, des tortures, des viols sur des femmes. Pendant cette période, Bacar a bloqué l’autorité de l’Union pour qu’elle ne s’exerce pas sur tout le territoire, ce qui est déjà un délit très grave. Une enquête est également en cours sur l’argent qui a disparu des caisses de la trésorerie d’Anjouan. Mohamed Bacar aurait 200 comptes de 50 000 dollars chacun dans 200 banques offshore différentes - ndlr, 10 millions de dollars - et il y en a peut-être d’autres. Donc détournement de deniers publics, corruptions….
Ces charges sont très lourdes…
Ses défenseurs donnent une image de lui lisse et polie. Mais quand on connaît ses déclarations par le passé… Il faut savoir que toutes les concessions ont été faites par les autorités comoriennes pour éviter cette crise séparatiste comorienne. Bacar avait été transporté d’Anjouan en Afrique du Sud pour participer à des réunions. Pour montrer notre bonne foi, il a reçu des délégations extérieures. La communauté internationale s’est mobilisée. Nous avons tout fait pour qu’il y ait des élections. Mais les conditions qu’il a demandées n’étaient pas réalisables. Aujourd’hui, il ne constitue pas une menace pour nous, mais nous voulons rendre justice aux victimes anjouanaises de la dictature Bacar.
Quelle garantie vous demande l’Etat français pour réaliser cette extradition ?
L’État français ne nous demande rien, mais nous avons nous-même pris l’initiative d’assurer que l’intégrité physique de Bacar soit préservée. J’entends parler de la peine de mort, mais est-il démontré que ceux qui sont déjà détenus à Anjouan ont été violentés, agressés, passés à tabac ? Non. Bacar n’est pas un cas particulier. Il doit être jugé comme un citoyen comorien. Il aura droit à sa défense. Les Comores ne sont pas spécialistes de la peine de mort. Elle existe mais elle n’est pas appliquée à chaque fois. Le ministre des Affaires étrangères français a déclaré que le gouvernement français était disposé à extrader Bacar, il suffit maintenant de trouver les voies et moyens. Il est également prévu de réinsérer les forces de gendarmerie anjouanaise dans les forces armées de l’Union. Les coupables seront jugés, ceux qui sont clairs seront réintégrés.
Et si la justice française rejetait votre demande d’extradition ?
Nous préférons ne pas y penser mais nous sommes prêts à saisir les instances internationales pour que ce problème soit réglé dans les meilleurs délais. Nous estimons que les charges sont suffisantes pour qu’il soit extradé vers les Comores. Nous avons déjà eu, par le passé, à renvoyer des ressortissants français qui avaient commis des délits en France, donc des accords d’extradition existent. Le souhait des autorités comoriennes est de le voir jugé aux Comores. Nous avons décidé de travailler avec Me Vergès pour obtenir cette extradition. Car il a une bonne connaissance des Comores et c’est un avocat de renom international. C’est un atout important dans un dossier comme celui-ci.
L’arrêt des reconduites à la frontière est un moyen pour vous de faire pression sur les autorités françaises ?
Absolument pas. Il n’a jamais été question d’exercer des pressions. Les élus du conseil général de Mayotte ont voté pour un référendum, alors nous sommes favorables à un retour de Mayotte au sein de l’Union. Pour nous, Mayotte est une île comorienne. Donc, c’est une revendication légitime. Les Comoriens qui sont à Mayotte ne sont pas des clandestins pour nous. Maintenant, par rapport à la législation française, on peut les considérer comme des non-réguliers à Mayotte. Jusqu’aujourd’hui, des milices de Bacar sont dans la nature avec des armes. Donc, si on autorise la reconduite à la frontière de certains ressortissants comoriens se trouvant à Mayotte, et sachant que parmi eux il y a un bon nombre de miliciens de Mohamed Bacar, il est évident que cela risque de poser des problèmes de sécurité. Voilà pourquoi ces mesures ont été prises
Propos recueillis par Frédérique Seigle