dé Maoré ne Farantsa

Publié le par Alestin

Politique

Mayotte : La France ne gagnera pas sur ce coup là…

Si l’Onu saisie, de la question de Mayotte par les Comores, avait adopté une résolution en faveur du maintien de Mayotte sous administration française, les Comores seraient mises depuis longtemps au banc des pays sauvages, dictatoriaux, terroristes, qui violent les lois internationales. Mais c’est l’inverse qui s’est produit en 1975 et toute la différence est là.

La marche forcée vers la départementalisation est engagée. De 1975, date de l’accession des Comores à l’Onu, à 2008, année du vote par le Conseil général pour la départementalisation de Mayotte, il est établi que les deux pays ont perdu toutes les occasions de trouver une issue à ce différend territorial.

Si les Nations unies, saisies de la question de Mayotte par les Comores, avaient adopté une résolution en faveur du maintien de Mayotte sous administration française, les Comores seraient mises depuis longtemps au banc des pays sauvages, dictatoriaux, terroristes, qui violent les lois internationales. Mais c’est l’inverse qui s’est produit en 1975 et toute la différence est là.

Trente trois ans après notre accession à l’indépendance, et après 134 ans de colonisation, le conseil général de Mayotte décide d’adopter à l’unanimité, à main levée – s’il vous plaît – une résolution pour que la collectivité départementale se transforme en département.

Avantages financiers

Comme une victoire à l’arrachée, la résolution a été transmise au même moment au préfet, représentant du gouvernement français dans l’île. Les perspectives les plus pessimistes montrent que le gouvernement français projette d’organiser un référendum à Mayotte entre mars ou avril 2009, pour demander aux habitants de l’île s’ils souhaitent conserver le statut actuel ou accéder au statut de département

La loi organique interne du 21 février 2007 sur l’Outre-mer prévoyait qu’ “à compter de la première réunion qui suit son renouvellement en 2008, le Conseil général de Mayotte peut, à la majorité absolue de ses membres et au scrutin public, adopter une résolution portant sur la modification du statut de Mayotte et son accession au régime de département et région d’Outre-mer défini à l’article 73 de la Constitution”.

Les nombreuses résolutions adoptées par les Nations unies demandant à la France de quitter Mayotte n’ont pas été suivies d’effet. Les déstabilisations permanentes des Comores par la France ont servi d’argument ou d’alibi pour justifier le statu quo ou l’évolution du statut de Mayotte.

Ce statut que vient d’adopter Mayotte ne confère aux Mahorais que des avantages financiers et sociaux. L’avantage d’un Smig qui dépasserait les 772 euros actuels, une sécurité sociale équivalente à celle de l’hexagone, et un système de retraite de la métropole.

Ce changement de statut, brutal, va bouleverser définitivement l’île de Mayotte dont tout éloigne de Paris. Mayotte a introduit un système qui allie l’école coranique à l’école laïque, en aménageant les horaires scolaires. Les cadis continuent à dire le droit et la polygamie a toujours ses adeptes. Mayotte, plus que les trois autres îles des Comores, se plie rigoureusement aux horaires du mois de ramadan et la télé publique diffuse à longueur de journée des chansons religieuses et des traductions du Coran.

Mais il y a pire, les avantages que procure la départementalisation de l’île vont très vite se transformer en cauchemar pour les milliers de Maorais, l’économie qui est encore à ses balbutiements va s’engouffrer dans un territoire où le cadastre et l’état civil posent encore problème, le Maorais risque de devenir le premier étranger indésirable sur sa terre.

Comment en sommes-nous arrivés là?

Le 22 décembre 1974, la population de l’Archipel des Comores, consultée par référendum, s’est massivement prononcée pour l’indépendance par 154.184 oui contre 8.853 non. Soit 94, 56 % des suffrages en faveur de l’indépendance. La participation électorale avait été de 93 %. 

Le chef de l’Etat comorien d’alors, Said Mohamed Jaffar, adresse au secrétaire général de l’Organisation des Nations unies une déclaration d’acceptation des obligations des Nations unies, pour lui signifier que ‘‘le 6 Juillet 1975 l’Archipel des Comores est devenu indépendant. La Chambre des Députés n’a pu admettre que le Parlement français, au lieu de ratifier cette autodétermination, introduise encore de nouveaux délais, de nouvelles conditions pour retarder, une fois de plus, notre accession à l’indépendance. Les représentants du peuple comorien ont donc solennellement proclamé l’indépendance des Comores’’.

Mohamed Jaffar demande instamment de ‘‘transmettre sa demande d’admission au Conseil de Sécurité et à l’assemblée générale de l’Organisation des Nations unies’’.

Par sa résolution 3385, portant ‘‘admission des Comores à l’organisation des Nations unies’’, l’assemblée générale, après un examen de la communication du conseil de sécurité en date du 17 octobre 1975, recommandant l’admission des Comores à l’organisation des Nations unies, et après avoir examiné la demande d’admission des Comores, ‘‘réaffirmant la nécessité de respecter l’Unité et l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores, composé des îles d’Anjouan, de la Grande-comore, de Mayotte et de Mohéli, comme le soulignent la résolution 3291 du 13 décembre 1974 et d’autres résolutions, de l’assemblée générale, décide d’admettre les Comores à l’organisation des Nations unies’’. Nous sommes le 12 novembre 1975.

Depuis, la question de l’île comorienne de Mayotte est plusieurs fois revenue à l’ordre du jour des Nations unies. Déjà en 1976, à la demande de Madagascar, à la trente et unième session de l’assemblée générale, la session (A/31/241) ‘‘a condamné les référendums des 8 février et 11 avril 1976 organisés à Mayotte par le Gouvernement français, qu’elle a déclaré considérer comme nuls et non avenus, et elle a demandé au Gouvernement français de se retirer immédiatement de l’île (résolution 31/4)”.

De sa trente-deuxième à sa quarante-neuvième session, l’Assemblée générale a poursuivi l’examen de la question adoptant résolution sur résolution, condamnant la France (résolutions 32/7, 34/69, 35/43, 36/105, 37/65, 38/13, 39/48, 40/62, 41/30, 42/17, 43/14, 44/9, 45/11, 46/9, 47/9, 48/56 et 49/18 et décision 33/435).

La vraie question

Mayotte survit et se maintient grâce aux tripatouillages du droit interne français. Un ministre de l’Outre-mer, Christian Estrosi, a évoqué la possibilité de revenir sur le droit du sol pour décourager les Comoriens des autres îles pour, semble-t-il, ‘‘maintenir les familles de sans-papiers dans leur situation’’.

La France instaure, en 1994, contre le droit international, le tristement célèbre «visa Balladur» qui continue de provoquer des milliers de morts entre le bras de mer qui sépare Anjouan de Mayotte.

Une commission mixte franco-comorienne mise en place pour faciliter la circulation des biens et des personnes entre les îles de l’archipel, a abouti à l’accentuation des contrôles de police en mer, provoquant des naufrages en mer des centaines de kwassas kwassas. A Mayotte, la France s’est dotée d’une base d’écoute “satellitaire”, en violation de la vie privée des citoyens et de la souveraineté des Etats de la région.

Ile de ‘‘non droit’’, la Commission nationale de déontologie de la sécurité (Cnds) a publié un rapport alarmant sur le naufrage du 3 décembre dernier consécutif à la collision d’un kwassa avec une vedette de la Paf, ainsi que les conditions de détention au Centre de rétention administrative et à la maison d’arrêt de Majicavo. Mayotte a toujours servi, depuis sa séparation avec ses sœurs, de base arrière pour les préparations des coups d’Etat répétitifs, des assassinats des présidents comoriens, et l’exil forcé d’un chef d’Etat en exercice.

Très officiellement, le séparatisme d’Anjouan a été inspiré, nourri et entretenu par Mayotte. Depuis 2005, le parlement de l’Union des Comores s’est heureusement autosaisi de la question et adopte des résolutions, qui demandent tous les ans des comptes au gouvernement sur l’évolution du dossier. Mais la vraie question est la réinscription permanente de la question de l’île comorienne de Mayotte à l’Assemblée Générale des Nations Unies, pour que le conseil de sécurité en reste saisi.

Les discussions de haut niveau entre la France et les Comores, que les différents gouvernements se sont targués de mener, aboutissent à la même chose, la marche progressive vers la séparation nette entre Mayotte et les îles sœurs de l’archipel. Rien d’autre.

Depuis la création des Comités Maore, la mobilisation des acteurs sociaux sur la réintégration de Mayotte gagne en profondeur. Elle démontre que la mobilisation de l’opinion nationale et internationale autour de la question est notre seule force face à la puissance diplomatique de la France et à ses subsides financiers qui bâillonnent nos gouvernements.

Ahmed Ali Amir d'alwatwan


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Publié dans Actualités en Bréf

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